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 Les nouveaux paysages suisses

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karine73
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MessageSujet: Re: Les nouveaux paysages suisses    Lun 08 Aoû 2011, 20:47

Quand ils meurent, tous les glaciers sont gris

Sous l’effet du réchauffement, les étendues de glace et de neige reculent et laissent la place à des éboulis.
Reportage à Grindelwald
Source 24 Heures.ch


Il y a cent cinquante ans, le monstre était craint autant qu’admiré.
Avec sa langue, il menaçait Grindelwald, au fond de la vallée.
Les touristes, Anglais en tête, assouvissaient dans ces Alpes sauvages leur passion romantique. De vieilles photographies montrent des hommes cassant la glace pour l’exporter, vers Paris notamment.

Au milieu du XIXe siècle, à la fin du petit âge glaciaire, le glacier inférieur de Grindelwald bordait la station. Depuis, il n’a cessé de reculer. Entre 1856 et 2004, son front s’est éloigné de 1,8 kilomètre.
Entre 1860 et 2004, sa profondeur s’est réduite de 60 mètres.
Un téléphérique a été construit pour que les promeneurs puissent y accéder, mais, avec les années, ils doivent marcher toujours plus loin pour atteindre cette étendue dont les climatologues prédisent qu’elle
disparaîtra dans la deuxième moitié du siècle.

Plusieurs éboulements...
Au fond de la vallée, la glace a été remplacée par des feuillus, plus clairs que la forêt.
Le blanc des neiges éternelles apparaît au loin, sur le Schreckhorn et le Lauter-aarhorn.
Mais, à 1600 mètres d’altitude, les étendues immaculées disparaissent sous le gris des éboulis.
C’est là, sous les gravats, que s’arrête désormais la langue du glacier.
Son recul est dû au réchauffement climatique. Dans un premier temps, précisent les scientifiques, celui-ci s’expliquait par des facteurs naturels. Mais aujourd’hui, l’augmentation de 1 à 2 degrés des
températures est aussi liée à l’Homme. «Par le passé, nous avons déjà connu des changements de climat, mais cette fois, ils sont beaucoup plus rapides», résume Pascal Blanc, climatologue et guide pour l’Eiger Climate Ecoles (lire ci-dessous).

Au détour du sentier qui mène au pied du glacier, entre la station téléphérique de Pfingstegg et la cabane Bäregg, on entend quelques craquements sur la face nord de l’Eiger. Il y a cinq ans, en mai 2006, une fissure est apparue au pied de la montagne. Dans les mois qui ont suivi, l’équivalent de 2000 maisons de pierre se sont effondrées, précise Pascal Blanc. La faute au retrait du glacier, dont le poids
tenait la roche. Et l’eau qui s’infiltre dans la pierre en été, puis gèle en hiver, abîme encore davantage le calcaire.

… Et un nouveau lac
Un peu plus loin, à quatre kilomètres du village de Grindelwald, la moraine (formée par les débris de roches accumulés par le glacier) a cédé. La faute, là encore, à la disparition de la glace. Au bord de la
falaise, quelques briques rappellent que, jusqu’en 2005, une cabane accueillait les randonneurs. Là où les touristes profitaient de la vue sur le glacier, il ne reste que le vide. Un nouveau chalet a été
construit sur le pâturage, une centaine de mètres plus haut: le réchauffement contraint les randonneurs à une montée supplémentaire. Et pour des jambes peu entraînées, c’est rude!
Des fortes averses ont aussi provoqué des laves torrentielles dans la région. Une vidéo réalisée par un berger montre ainsi une impressionnante rivière de rochers, dont les plus grands atteignent la
taille d’une voiture. Tous ces éboulis, ainsi que la fonte des glaces, ont provoqué un lac glaciaire. Aujourd’hui, il ressemble à une gouille verte. Mais, il y a deux ans, durant l’été 2009, sa surface atteignait celle de 18 terrains de football. Avec le risque que ses 2,5 millions de mètres cubes d’eau ne débordent dans la vallée. Un tunnel d’évacuation a été construit pour réguler le niveau de l’eau. L’installation, que l’EPFZ surveille avec une caméra, a coûté quelque 15 millions de francs.

Le prix de la sécurité. Car si, dans le passé, les habitants redoutaient l’avancée de la glace, ils scrutent maintenant son recul.

Tourisme climatique
L’évolution du glacier inférieur de Grindelwald est certainement l’une des mieux documentées du monde. Elle est aussi «assez représentative de ce qui se produit ailleurs dans les Alpes», résume
Samuel Nussbaumer, du Département de géographie de l’Université de Zurich. La présence d’éboulements et d’unlac glaciaire en font un lieu idéalpour étudier les conséquences des changements climatiques.
Grindelwald, qui se présentait comme le village des glaciers, a saisi la balle au bond. Les glaces reculent? Il vend désormais l’Eiger! Et sensibilise les touristes en leur proposant de constater de visu les effets du réchauffement.

Avec le soutien des communes voisines, de l’Université de Berne et de FMB Energie SA, l’Office du tourisme offre des Eiger Climate Excursions, qui permettent aux vacanciers de découvrir avec un guide la transformation du paysage. Depuis 2009, les randonneurs peuvent aussi partir sur sept sentiers avec un iPhone fournissant des explications en français, en allemand ou en anglais. Depuis l’an dernier, enfin, les mêmes partenaires proposent des excursions de deux jours aux écoliers de 14 à 16 ans.

Dès la semaine prochaine, 72 classes participeront ainsi au projet Eiger Climate Ecoles. Autre signe de cette évolution, à la carte de la cabane de Bäregg, d’où la vue est imprenable sur le glacier inférieur de
Grindelwald, figure désormais un Bärgsturzkaffee, ou, autrement dit, un café de l’éboulement...

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MessageSujet: Re: Les nouveaux paysages suisses    Lun 08 Aoû 2011, 20:40

Le pâturage boisé , emblème de l’arc jurassien, est en péril
Cette mosaïque d’arbres et d’herbages est menacée par l’évolution des pratiques agricoles.
Reportage au Communal de La Sagne (NE)
Source 24 Heures.ch

Des vaches ruminent sous les épicéas. De jeunes touristes se baladent à cheval. Dominant le village de La Sagne (NE), le Communal est un pâturage exceptionnel. Ce terrain de 400 hectares, situé entre 1000 et 1200 mètres d’altitude, est le plus grand pâturage de Suisse sans aucune barrière. Plus de 400 vaches et une dizaine de chevaux y gambadent en toute liberté.

Ce terrain a été légué au XIVe siècle aux habitants de La Sagne par une duchesse de Neuchâtel. Il est aujourd’hui un bel exemple de ce paysage si typique de l’arc jurassien. «Le pâturage boisé, c’est notre Cervin», s’enthousiasme Eric Dubois, conseiller communal de La Sagne en charge des Forêts et Domaines. «Ces sapins au milieu des pâturages servent à la fois de parapluie et d’écurie, se réjouit le paysan. Ils protègent les bêtes de la pluie, du soleil et des mouches.»

De plus en plus appréciées des promeneurs, ces zones moyennement boisées présentent en plus une très grande biodiversité. «Regardez ces beaux champignons», s’enthousiasme Felix Würgler, chef de l’Office des paiements directs à la Chambre neuchâteloise d’agriculture et de viticulture (CNAV).

Créés par les moines

Le pré-bois, comme l’appellent les Français, trouve son origine au Moyen Age. Lorsque des moines s’installent dans l’arc jurassien, ils incitent les paysans à défricher pour mettre en valeur les terres. Le développement des villes et de l’industrialisation (charbon de bois) maintient la pression sur le bois. Les nouvelles prairies sont utilisées pour le bétail, empêchant la forêt de revenir. Les temps changent. Et ce patrimoine est aujourd’hui en danger. «La pression est très forte sur les pâturages boisés», reconnaît Philippe Jacot, conseiller à la CNAV. Leur valeur paysagère et écologique n’est pas encore suffisamment reconnue. Pour les paysans, il est économiquement plus intéressant de séparer la forêt et le pâturage. «Le système actuel de paiement défavorise le pâturage boisé, explique Felix Würgler. Les arbres sont déduits de la surface agricole utile. Pour recevoir davantage d’argent, le paysan a intérêt à supprimer les arbres isolés.»

Le pré-bois est un savant dosage d’arbres et de pâturage. Un équilibre fragile entre la nature et l’homme. Le danger est d’arriver à une trop grande séparation de la forêt et du boisé.
Le Communal est un bon exemple. Ici, depuis soixante ans, le nombre d’arbres inventoriés a augmenté d’un tiers. La forêt s’est densifiée sur les flancs.
«Dans les années 60, les vaches du village montaient toutes les nuits après la traite, explique Felix Würgler. En montant, et en redescendant pour la traite le lendemain matin, elles broutaient les talus et empêchaient le reboisement.» Dès les années 70, les vaches restent à l’écurie pour augmenter la production laitière. Désormais, ce sont les génisses qui pâturent au Communal. Elles montent seulement une fois par année et redescendent cent vingt jours plus tard. Plus foulée, la forêt est devenue touffue sur les flancs. Quelque 80 hectares du Communal sont aujourd’hui considérés comme de la forêt fermée.

Des épines comme protection

Au sommet de la crête, le problème est inverse. Ici, les arbres manquent.
Toutes les nouvelles pousses sont systématiquement broutées par les vaches.
Philippe Jacot désigne de grands épicéas isolés.
«Regardez-les. Ils sont beaux. Mais C’est un peu l’EMS. Ces arbres sont très vieux.
Cela manque de jeunes pousses pour le renouvellement. La pression du bétail est trop forte.»

Pour essayer de maintenir un équilibre entre le pâturage et la forêt, les forestiers interviennent. Dans les endroits trop ouverts, ils favorisent les arbustes épineux (églantiers, aubépines) pour que les jeunes épicéas puissent se développer au milieu, à l’abri des dents des bovins. Dans les zones où la forêt se ferme, ils procèdent à des coupes de bois. «Nous évacuons environ 2500 m3 de bois par année, explique Philippe Jacot. Mais il faudrait monter à 3000 m3 pour inverser la tendance.» Une autre technique, plus douce, est utilisée: le déplacement des abreuvoirs au milieu de la forêt. Les bêtes piétinent. Et ralentissent, autant que faire se peut, l’inexorable reboisement.

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MessageSujet: Re: Les nouveaux paysages suisses    Lun 08 Aoû 2011, 20:28

Ces villes qui grignotent les campagnes helvétiques

Chaque seconde, plus de 1 mètre carré de terre cultivable disparaît en Suisse.
Exemple dans une exploitation de la banlieue bernoise.
Source 24 Heures.ch


Derrière le museau d’une vache, sur des édifices modernes, se dessinent les logos d’un hôtel, d’un grand distributeur et d’un groupe de cinéma. Le bruit des voitures monte de l’autoroute A1 située en contrebas et une odeur de chocolat, venue d’une manufacture voisine, se mêle à celle du purin. Grosses chaussures et veste polaire, Andreas Zehnder se promène dans ses champs et observe ses 24 red holstein sans se déconcentrer. En 1869, lorsque son arrière-arrière-grand-père a construit la ferme familiale à Niederbottigen, c’était la campagne. Aujourd’hui, ce paysan de 34 ans, sa femme et leurs deux enfants vivent dans une banlieue de Berne peu à peu grignotée par l’industrie.

Petit, Andreas Zehnder observait déjà les tours de Bümpliz depuis ses fenêtres. Mais il se rendait au jardin d’enfants à pied. Quelques kilomètres de marche sans danger particulier. Aujourd’hui, le chemin serait trop périlleux: les routes se sont multipliées. La ville a déclassé des terrains. En 1983, un complexe industriel est apparu. En 2005, le centre commercial Westside l’a rejoint. Depuis 2007, une route visant à relier l’A1 et l’A12 (voir carte) coupe en deux les anciennes terres familiales.

Pour éviter le morcellement de leur exploitation de 19 hectares, les Zehnder ont effectué des échanges avec d’autres agriculteurs. Ils s’en sortent bien si l’on exclut les chardons, que les vaches n’aiment pas, mais qui prolifèrent désormais au bord des routes et s’étendent dans les prairies.



Un peu à l’étroit…

Dans la maison familiale, les vieux poêles côtoient des meubles modernes et des dessins d’enfants. Pour appuyer ses explications, Thomas Zehnder pose sur la table de la cuisine d’anciennes photographies de la région. Son père apparaît sur un tracteur, la campagne autour de lui. «Il devait avoir 14 ans, c’était peut-être en 1963», estime le fils.
Seule certitude: au même endroit, on a désormais une vue imprenable sur le béton. «Nous ne pouvons pas éviter le changement, remarque notre hôte avec philosophie. C’est normal, la vie passe… Il faut laisser faire les choses et juste éviter l’anarchie.» Pour le prouver, il sort une photo aérienne de la région et pointe du doigt les lieux qui pourraient encore être aménagés sans lui porter préjudice.

Déménager? Il y a pensé. Mais la proximité de la ville, Thomas Zehnder l’apprécie aussi. La région est devenue attractive, il pourra peut-être louer des appartements aux citadins ou, quand ses enfants seront plus grands, aller au cinéma. Pour l’instant, précise-t-il, il a suffisamment de place. Enfin, presque: «J’aimerais construire une nouvelle étable, mais ce n’est pas possible. Le problème est aussi économique. Pour vivre comme paysan, il faut une exploitation suffisamment grande. Et ici, on ne peut pas s’étendre. La seule possibilité serait de créer une société avec un collègue.» En attendant, il exploite aussi une pépinière, installée dans le jardin, et sa femme travaille à 30% dans une garderie.

De quinze à sept fermes

Andreas Zehnder se souvient d’une époque où Niederbottigen comptait 15 fermes. Il n’en reste que sept. Mais notre hôte ne s’inquiète pas pour l’avenir. Avant de reprendre l’exploitation, il y a un an, il a travaillé dans l’industrie des machines. Au besoin, il reprendra cette activité. «Personne ne m’a forcé à devenir agriculteur. Je trouve que c’est un beau métier: nous sommes utiles à l’économie du pays et, sans nous, le paysage ne serait pas le même.»
Dans la cour, son fils de 2 ans court après une bulle de savon. Sa sœur de 4 ans sourit de moins en moins timidement aux visiteurs. Reprendront-ils un jour la ferme? Andreas Zehnder hausse les épaules: trop tôt pour y penser!

15 terrains de foot par jour

Chaque seconde en Suisse, les terres cultivables reculent de 1,27 mètre carré. Soit l’équivalent de quinze terrains de football par jour. Selon des données que l’Office fédéral de la statistique est en train de récolter, les surfaces agricoles ont diminué de 5% dans le canton de Vaud et de 10% dans le canton de Genève entre 1979-1985 et 2004-2009. Dans le même temps, les zones d’habitat et d’infrastructure ont progressé de 25% (Vaud) et de 15% (Genève).

Face à cette évolution, que l’Office fédéral de l’agriculture qualifie de «critique», les milieux environnementaux ont lancé en 2007 l’initiative sur
le paysage, qui réclame une meilleure protection des terres cultivables et une densification des zones construites. Ainsi que l’interdiction, durant vingt ans, d’étendre la surface totale des zones à bâtir. Cette exigence est controversée: selon le Conseil fédéral, elle ne tient pas compte des particularités régionales et posera problème.

Pour lutter contre le mitage du territoire, le gouvernement propose une révision partielle de la loi sur l’aménagement du territoire. Mais, aux yeux des initiants, cette solution, présentée comme un contre-projet à leur initiative, ne va pas assez loin. Le dossier est actuellement au parlement. Des modifications proposées par le Conseil des Etats satisfont davantage les milieux environnementaux. Retireront-ils leur initiative? Ils attendent la fin des travaux parlementaires pour le dire.

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MessageSujet: Les nouveaux paysages suisses    Lun 08 Aoû 2011, 20:19

Les marais reculent devant la forêt et les constructions
Les zones marécageuses voient toujours leur surface diminuer, même si elles sont protégées depuis 1987.
Reportage aux Grangettes
Source 24 Heures.ch

Le ciel est menaçant. Quelques gouttes de pluie tombent. Nous sommes sur la route de Sonchaux, qui tortille au-dessus de Villeneuve. Alain Stuber désigne une grande tache vert foncé au bout du lac. La forêt.
«Aujourd’hui, le paysage dominant des Grangettes, c’est cette ceinture d’arbres. Il y a cinquante ans, le paysage était nettement plus marécageux, plus ouvert.»

En Suisse, 90% des marais ont disparu (lire ci-dessous). «On essaie de protéger ce qu’on peut encore», souffle Alain Stuber. Directeur du bureau d’écologie Hintermann & Weber SA à Montreux, le géographe connaît très bien la problématique de la disparition des marais. Il a participé à l’inventaire des sites marécageux d’importance nationale, au lendemain de l’initiative de Rothenthurm. Il sera notre guide aux Grangettes, avec Pierre-Antoine Coquoz, garde forestier de la région des Agittes.

Des roseaux pour l’isolation

Pendant longtemps, les marais ont été exploités – et donc entretenus – par les paysans. Les Grangettes ne font pas exception. Alain Stuber ramasse quelques brins d’une herbe coupante. «C’est de la laîche. Elle était utilisée comme litière pour les écuries. Les roseaux étaient, eux, fauchés pour faire des nasses ou de l’isolation. Les vignerons utilisaient les joncs pour nouer les vignes.» Après la Seconde Guerre mondiale, la mécanisation de l’agriculture fait disparaître ces techniques ancestrales. Les zones humides perdent de leur intérêt. Du coup, on se met à les drainer pour y pratiquer la culture intensive. La roselière lacustre se réduit comme peau de chagrin. «De 18,2 hectares en 1942, elle passe à 3,4 en 1992», détaille Jean-Louis Moret, botaniste et fin connaisseur des Grangettes. Très vite, les arbres se mettent à coloniser les anciennes zones marécageuses. Juste à côté de la nouvelle tour d’observation des oiseaux, Pierre-Antoine Coquoz pointe du doigt un groupe de peupliers carolins. Dans les années 60, ils ont été plantés en masse aux Grangettes. Ils ont l’avantage de pousser très vite et
d’être de véritables soiffards: ils pompent jusqu’à 800 litres par jour. Pratique pour assécher les zones humides. «Le peuplier, c’était l’or vert dans les années 60, s’exclame le garde forestier. A l’époque, un
mètre cube de peupliers se vendait 200 francs, soit l’équivalent de quarante heures de travail d’ouvrier.» Le bois est alors transformé en allumettes dans l’usine Diamond, à Nyon. Ou en cageots à la fabrique Moderna de Vernayaz (VS). Avant d’être décimée par un coup de vent en 2005, la peupleraie du Fort (67 hectares) était le témoin le plus frappant de cette culture intensive.

Le plastique et le briquet finiront par tuer la culture du peuplier, mais celui-ci ne disparaît pas pour autant des zones humides. Et la forêt s’installe inexorablement. «Le frêne pousse comme de la mauvaise herbe, constate Pierre-Antoine Coquoz. Il y a énormément de travaux à faire pour limiter le gain de la forêt sur les zones humides. Ce n’est pas évident et cela coûte. On ne peut pas contenir partout. Ce serait un travail de Sisyphe.»

Avant, l’humain aidait naturellement à contenir la progression de la forêt. «Tous les dix ans, les gens venaient faire du taillis, des coupes de bois pour se fournir en bois de chauffe, explique le garde
forestier. Cette pratique a disparu et la forêt s’est épaissie.»
Aujourd’hui, pour éviter un reboisement, il faut parfois utiliser les grands moyens. Il a fallu passer au gyrobroyeur des souches pour recréer un bas-marais de quelque 2 hectares. Pour qu’il ne disparaisse pas, des vaches vont y brouter chaque année.

«La nature est perdante»

Les arbres. Mais aussi l’urbanisation galopante. Il y a un siècle et demi, le Rhône divaguait dans la vallée. Les zones humides étaient nombreuses. La première et la deuxième correction du fleuve ont permis d’assainir la vallée et d’augmenter les cultures. Les constructions se sont aussi multipliées. Alain Stuber arrête sa voiture aux Fourches. Des panneaux annoncent la construction d’une future zone commerciale. Le spécialiste fulmine. «Vous vous rendez compte? On est dans une zone de
marais d’importance nationale. Certes, les futurs commerces se trouveront près de la route cantonale et de Villeneuve. Mais au final, c’est la nature qui est perdante.»

Recul similaire aux glaciers

La Suisse a longtemps connu de nombreux et grands marais. La plaine de l’Orbe était, par exemple, une immense zone marécageuse, qui n’a été assainie que dès la deuxième moitié du XIXe siècle.

L’agriculture extensive pratiquée dès la fin de la Seconde Guerre mondiale a sonné le glas de nombreuses zones humides. L’initiative de Rothenthurm, acceptée par le peuple en 1987, a permis de freiner la disparition des marais et des zones marécageuses d’importance nationale en inscrivant leur sauvegarde dans la Constitution.

Aujourd’hui, 1700 marais et 89 sites marécageux sont recensés et protégés. Les Grangettes en font partie. Cela représente une surface de 1100 km2, soit deux fois celle du lac Léman. Mais le combat contre l’atterrissement de ces écosystèmes fragiles reste difficile. Vingt ans après Rothenthurm, la surface des marais a encore baissé de 5%. Selon une projection de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage parue en 2008, les sites marécageux enregistrent à long terme un recul similaire, en termes de vitesse, à la fonte des glaciers.

Les drainages pratiqués pendant des années continuent de les assécher. Les engrais causent aussi du tort. S’il y a trop d’apport nutritif, une végétation abondante se développe et la zone humide disparaît. Enfin, le réchauffement climatique nuit également au marais.
Des travaux au trax et au gyrobroyeur sont parfois nécessaires pour maintenir en vie ces écosystèmes.

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Dernière édition par karine73 le Lun 08 Aoû 2011, 20:34, édité 1 fois
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